L’accident survenu au navigateur Dag Eresund lors de l’Arc 2024 remet en lumière l’une des situations d’urgence les plus graves pouvant survenir à bord d’un voilier: la chute par-dessus bord d’un membre d’équipage. Voici comment prévenir ce type d’accident, ce que prévoit la législation et comment secourir le naufragé.
Il suffit de quelques secondes, d’un coup de vent, d’une glissade ou d’un faux pas sur le pont, le bateau dérape et vous tombez à la mer. L’homme à la mer est l’une des situations d’urgence les plus graves pouvant survenir à bord d’un yacht. Si les autres membres de l’équipage ne donnent pas immédiatement l’alerte et si le barreur ne manœuvre pas rapidement pour récupérer le bateau, il peut y avoir de graves problèmes. Si l’accident survient ensuite la nuit, avec les problèmes de visibilité que cela implique, la situation peut devenir encore plus grave.
Arc 2024: Dag Eresund est tombé à la mer
Comme cela s’est produit le 2 décembre dernier lors de l’Arc 2024. C’est un rallye de la flottille atlantique qui se déroule sur un parcours de 2 700 milles entre les îles Canaries et les Caraïbes. A 2h27 du matin, en pleine nuit, Dag Eresund, un marin suédois de 33 ans qui se trouvait à bord du Vor 70 «Ocean Breeze», est tombé à la mer au milieu de l’Atlantique. Au moment de l’accident, Dag portait un gilet de sauvetage autogonflant équipé d’un localisateur personnel Ais. L’équipage du bateau a immédiatement donné l’alerte, mais dans l’obscurité, il n’a pas pu le localiser. La machine de sauvetage elle-même, exploitée par le Maritime Rescue Coordination Centre (MRCC) de Norfolk, aux États-Unis, est toujours engagée dans des opérations de recherche et de sauvetage, mais en vain.
Dans cet article, nous allons donc voir comment éviter qu’un membre de l’équipage d’un yacht ne tombe par-dessus bord, ce que disent la législation en vigueur et les pratiques suivies par les professionnels de la voile à ce sujet, et surtout comment gérer ce type d’urgence, y compris les opérations de sauvetage.

Première règle: toujours porter la ceinture de sécurité
La perte d’un homme en mer, selon les statistiques des accidents de bateau, est heureusement assez rare. Cependant, elle reste une possibilité réelle en navigation et il faut en être conscient. Souvent, les plaisanciers pensent qu’il s’agit d’un événement limité aux mauvaises conditions météorologiques ou lorsque le bateau est conduit à sa limite. En réalité, même en navigation normale, un accroc ou une erreur est toujours possible.
Comme toujours, ce qui compte en mer, c’est la prévention. Un bon skipper doit prévenir ce type d’accident. Tout d’abord en organisant un briefing pour transmettre à l’équipage quelques notions de sécurité de base. Il s’agit par exemple de l’obligation de toujours porter des chaussures lors des manœuvres sur le pont (hissage des voiles, manœuvre du treuil d’ancre, etc.), de marcher en pliant les genoux lorsque le bateau gîte, ou encore de veiller à ce que le pont soit dégagé de tout objet ou équipement inutile. Et puis, surtout, porter une ceinture de sécurité attachée à la ligne de cric pendant les quarts de nuit ou par mauvais temps. C’est en effet le seul dispositif qui empêche matériellement les personnes de tomber à l’eau et qui prévient ce type d’urgence.
Ce n’est pas un hasard si le nouveau règlement d’application du code nautique (décret n° 133 du 17 septembre 2024), entré en vigueur en Italie le 21 octobre 2024, rend obligatoire pour tous les voiliers naviguant à plus de 12 milles des côtes l’emport d’une ceinture de sécurité homologuée selon les normes ISO et certifiée CE. Une loi qui met l’Italie en conformité avec les normes internationales.

Dispositifs utiles pour le naufragé: bouée de sauvetage et feu automatique
Si, malgré toutes les précautions prises pendant la navigation, un membre de l’équipage tombe à la mer, il existe quelques dispositifs de base qui augmentent les chances de survie, de localisation et de récupération du survivant. Le premier est le gilet de sauvetage, de préférence autogonflant et doté d’une bonne capacité de flottaison (150 Newtons et plus). Certains modèles de gilets de sauvetage sont également dotés de ce que l’on appelle une «capuche». C’est-à-dire une cagoule avec une visière transparente qui évite de respirer et d’avaler les projections d’eau dues au vent et aux déferlantes.

Un autre élément très important, surtout si l’accident se produit la nuit, est que le gilet de sauvetage est équipé d’une lumière qui s’allume automatiquement. Cette source lumineuse peut en effet s’avérer décisive pour localiser le naufragé à la dérive.
Un autre dispositif qui augmente les chances de retrouver un naufragé est la perche IOR. Il s’agit d’une perche surmontée d’un drapeau, qui peut rester debout lorsqu’elle est dans l’eau, facilitant ainsi la recherche de la personne en mer. La perche IOR peut être directement attachée à la bouée de sauvetage. Dans la plupart des cas, le drapeau qui la surmonte est jaune ou rouge.
Localiser le naufragé grâce aux radars et aux satellites
Toujours en ce qui concerne la localisation d’une personne tombée à la mer, c’est la technologie qui aide les plaisanciers à faire face à ce type d’urgence. En particulier, il existe deux dispositifs qui pourraient vraiment faire la différence dans les opérations de «recherche et sauvetage». Le premier est la PLB, qui signifie «Personal Locator Beacon» (balise de localisation personnelle). Il s’agit d’un localisateur satellite individuel qui peut être détecté partout dans le monde. Il se glisse dans un gilet de sécurité ou dans la poche d’un trench-coat. Étanche et alimentée par une pile au lithium qui lui confère une autonomie de 24 heures, elle est toujours activée manuellement en retirant l’antenne intégrée et en appuyant sur le bouton d’alimentation. Une fois activée, la Plb émet des flashs très visibles sur de longues distances et même à la lumière du jour.
Un localisateur Ais, dont disposait Dag Eresund, peut s’avérer tout aussi utile. Il s’agit d’un petit appareil destiné à aider à retrouver une personne tombée accidentellement à la mer. Il utilise le système d’identification automatique Ais, utilisé pour suivre le trafic maritime afin d’éviter les collisions en mer. Une fois activé, le localisateur Ais émet pendant au moins 24 heures un signal d’alarme radio sur la bande VHF (canal 87b et 88b). Il peut être vu par tous les navires dans un rayon de 4 à 7 milles équipés d’un récepteur compatible avec la même technologie. Cette alarme peut être interceptée avec un récepteur AIS spécifique. Mais aussi à partir du traceur de cartes du bateau lui-même ou d’un ordinateur personnel, voire de l’écran numérique d’une radio VHF ou d’une tablette, le cas échéant.

Ce qu’il faut faire immédiatement: la recherche visuelle
Dès qu’un membre de l’équipage tombe à la mer, il est essentiel que l’équipage du bateau sache que l’essentiel est de ne pas perdre de vue la victime. En plus de donner immédiatement l’alerte, il est essentiel de charger quelqu’un de le localiser dans l’eau. C’est très important de ne jamais le perdre de vue en indiquant au barreur la position du survivant par rapport au bateau.
Ce n’est pas une mince affaire: il n’est pas facile de voir un homme en mer, même en l’absence de vague et à courte distance. Avec des vagues de seulement 40 centimètres et un vent soutenu, cela peut être encore plus difficile. La nuit, c’est pratiquement impossible.
Réagir immédiatement et profiter du bateau: les manœuvres de récupération
Si le naufragé est repéré, il existe plusieurs types de manœuvres qui, selon la pratique des marins, peuvent être mises en place pour le récupérer en toute sécurité. La manœuvre classique de récupération d’un homme à la mer consiste, après avoir démarré le moteur, à mettre immédiatement le gouvernail du côté où tombe le survivant, à lancer une bouée de sauvetage annulaire (la nuit, même une bouée lumineuse), à appeler l’équipage sur le pont et, lorsque la coque a viré de 70 degrés, à inverser le gouvernail jusqu’à ce qu’elle prenne la direction opposée à la direction initiale. En procédant ainsi, la coque décrira un arc complet (courbe de Williamson) jusqu’à ce qu’elle revienne à proximité de l’épave, que l’on approchera sous le vent, en mettant le moteur au point mort à l’arrivée.
En revanche, dans le cas d’une récupération à la voile, il faut immédiatement mettre au travers, appeler l’équipage sur le pont, empanner et revenir vers l’épave, toujours au travers, en louvoyant vers elle pour s’en approcher au plus près, l’étrave au vent et le bateau quasiment immobile.

L’Isaf, l’Association internationale de voile, recommande une manœuvre beaucoup plus rapide. Cela consiste à incliner immédiatement l’étrave au vent pour ralentir le bateau, à virer de bord avec le foc au cou, à l’enrouler ou à l’affaler immédiatement après et, avec la seule grand-voile, à terminer le virage à proximité du naufragé, en empannant lorsqu’il se trouve juste derrière le travers et en inclinant de nouveau vers lui, de manière à se rapprocher de l’étrave au vent et à être presque immobile.

Naufragé séveillés et réactifs ou inconscients
C’est au skipper de décider de la manœuvre à effectuer. Cela depend du contexte, des personnes à bord, de l’état psychologique de la personne tombée à l’eau, de sa condition physique et de la météo. Si la mer est calme et que le naufragé est conscient, la situation peut être résolue rapidement. L’homme remonte tant bien que mal à bord, voire plus simplement par l’échelle de poupe. Le cas le plus dramatique et le plus complexe est celui où le naufragé perd connaissance à la suite d’une collision. Dans ce cas, il est nécessaire qu’un membre de l’équipage, équipé d’un gilet ou d’un anneau, se jette à l’eau. Il doit soutenir son compagnon en attendant l’arrivée du bateau.

Une fois l’homme amarré, le moyen le plus pratique de le ramener à bord est de jeter rapidement l’annexe à l’eau et d’y pousser le naufragé. On peut aussi utiliser une corde et la passer sous les aisselles de la victime. L’idéal est d’avoir à bord une ceinture de récupération. Celle-ci, une fois passée autour de l’homme, est accrochée à une drisse avec laquelle un treuil peut être utilisé pour hisser la victime de l’accident à bord.
La machine de sauvetage: alarme, localisation, récupération
Bien entendu, en cas d’homme à la mer, il est absolument indispensable de donner l’alerte et de déclencher une aide extérieure. Surtout si le contact est perdu avec le survivant. L’urgence peut être communiquée par radio aux garde-côtes ou aux autorités maritimes. Ils déclenchent les recherches au moyen d’unités navales et aériennes, comme l’utilisation d’hélicoptères équipés pour la récupération et l’assistance médicale à bord. En fonction de la distance par rapport à la côte, il peut également être nécessaire d’impliquer des unités déjà présentes dans la zone. Autres navires ou yachts privés peuvent aussi changer de cap et atteindre le lieu de l’accident.
L’analyse du temps, ainsi que l’étude de la météo, du vent et des courants en action, peuvent aider dans les opérations de localisation du naufragé. Mais aussi la position Gps éventuellement activée par des dispositifs personnels de repérage par satellite. Dans ce type d’urgence, la rapidité d’intervention est cruciale. Plus le temps passe, plus les chances de survie des personnes à l’eau diminuent progressivement. Cela dépend du choc émotionnel, de la température de l’eau, de la présence d’éventuelles fortes vagues ou d’animaux dangereux.
En résumé, une chute accidentelle par-dessus bord lors d’une navigation sur un yacht est une urgence grave et doit être évitée par tous les moyens. Ce n’est pas un hasard si la récente législation italienne vient d’introduire l’obligation de porter une ceinture de sécurité à bord (en plus du traditionnel gilet de sauvetage). Par ailleurs, la manœuvre de récupération de l’homme à la mer a toujours fait partie du programme d’examen pour l’obtention du permis bateau. Il faut la connaître et la pratiquer systématiquement, comme le font les marins professionnels.





